Partager l'article ! AVATAR OU L'APOLOGIE D'UN AUTRE RACISME...:   ...
Sachant qu'il est de plus en plus difficile de soutenir un raisonnement bâti sur de véritables arguments, et
surtout de se faire entendre à l'ère du tout numérique, du « tout à l'égo » comme dirait Régis Debray, j'ai décidé – tan pis si c'est contre vents et marées -
d'apporter mon soutien – le seul ? - aux propos tenus par le philosophe Raphaël Enthoven et développés dans un brillant article (trop court) de l' Express.
Si l'on décide de passer le dernier film de James Cameron, Avatar, au crible de la raison (qui fait décidément bien souvent défaut aux spectateurs, moi le
premier) on s'aperçoit qu'il constitue une terrible arme de guerre idéologique tout droit importée des États-Unis.
Hormis le spectaculaire de la mise en scène qui - convenons en – impressionne, le contraire aurait prêté à rire en regard d'un si gros budget (500 millions de dollars pour
combien de haïtiens logés décemment ?), il faut, après la forme, s'attacher en effet à l'essentiel : le fond.
A première vue donc, Avatar est censé défendre la pensée écologiste, dénoncer le racisme et le colonialisme,
vitupérer l'impérialisme américain et le capitalisme destructeur (on connait à cet égard la haine que James Cameron, le réalisateur, entretient avec l'argent...), tout ça en
divertissant bien entendu le spectateur qui mange son pop-corn, assommé par les effets spéciaux ! Tout y est.
De fait, le film vient à point nommé alors que les crises de tous types font florès de par le monde. Pas de doute, c'est bien d'un film conjoncturel qu'il s'agit ! Il ne
faut cependant pas faire de la crédulité une vertu : enlevons les lunettes à obturation prêtées par le cinéma et ouvrons les yeux ! Oublions les clichés hollywoodiens et
autres poncifs qui pleuvent tout le long du film : le héros gagne, tout est bien qui finit bien (ah... les Happy ends), une inévitable histoire d'amour etc... Attachons
nous plutôt à la visée d'un tel film. Autrement dit, ne soyons pas passifs, faisons fonctionner nos petites cellules grises. Et l'envers du décor apparaît enfin !
On constate alors - non sans stupeur - que l'univers – aussi beau soit-il - des Na‘vis, habitants de
Pandora, cache un monde qui n'a rien de paradisiaque. On assiste d'abord à un « éloge de la pensée magique » pour paraphraser Enthoven, à une hyper-sacralisation de la nature
au détriment de la raison et de l'intelligence humaine. A ce titre, le sort de la scientifique (le nom m’échappe) qui est responsable de l’opération, est édifiant. En effet,
remarquons que les deux seuls humains qui sortent du lot (et donc dignes d'exister !) sont : un soldat, certes courageux, qui ne se distingue pas par son Q.I, et une scientifique
qui découvre à l'heure de sa mort l'existence de la déesse nature Eywa, et s'aperçoit de la petitesse de sa science comparée à la grandeur de la magie ! Au regard d'Eywa, elle n'est
pourtant pas suffisamment pure pour qu’elle daigne se manifester et lui rendre la vie. On croit rêver !
Le monde des Na’vis est régi par une nature toute puissante et discriminatoire qui, faisant
l'apologie de la pureté d'esprit, c'est-à-dire de l'absence d'esprit, relègue science, raison, et connaissance, bref tout ce qui caractérise habituellement l'homme, à
l'impotence pis, va même jusqu'à les associer à l'horreur, à la guerre (pensez aux machines conduites par le colonel !). Le film promeut donc un retour à l'essentiel et un abandon
du superficiel. Mais quel essentiel ?
Remarquons que ce superficiel, ce surplus dont il faut se dépouiller, c'est pourtant la marque du passage de l'homme, ce
qui laisse une trace d’une existence humaine, ce qui fonde l'Histoire. On est bien loin de la vie des Na’vis qui, censés communier avec la nature, ne construisent pas, ne bâtissent
pas, ne créent pas, bref, n’évoluent plus. Ont-ils seulement jamais évolués ? : voilà une question légitime. Or justement dans le film, c’est ce stade originel, cette
préhistoire que le spectateur est invité à célébrer.
L'Histoire - avec un grand H -, est automatiquement associée à l'horreur, la guerre ; la
nature, elle, sainte nature, au paradis. Vision plus que manichéenne du monde, non sans rappeler les pires westerns. Avatar est donc bien un film anti-Historique,
ouvertement opposé à tout ce qui a fait la spécificité de notre humanité.
Dès lors, le slogan du film pourrait être : « Dépouillons nous de l’humanité qui est en nous! Et devenons tous des Avatars ! »
Ce qui est plus inquiétant encore, c'est l'exacerbation d'un masochisme morbide : on en vient tout de même lors du film à souhaiter la mort des
guerriers représentant notre propre espèce ! Quoi de mieux pour mettre en lumière le malaise d'une époque ? Alors à côté, le débat sur l'identité nationale...
Masochisme auquel le spectateur doit prendre part - il y prend goût – et qui revêt les habilles du « salutaire et parfaitement nécessaire ». Sous couvert d'une
surenchère de bon sentiments, - le film regorge de « bien pensance » - on découvre, comme le fait remarquer à nouveau Enthoven, un nouveau système raciste qui, fort de ses
croyances et sûr de sa morale, excommunie sans pitié toutes les personnes indignes d'appartenir à la tribu, à la communauté : Communautarisme voire ségrégationnisme ! Je pense
particulièrement à la scène finale qui me fait encore froid dans le dos...
Une question demeure, et à laquelle Enthoven ne répond pas, pourquoi en effet ce film a-t-il rencontré un immense succès ?
Dire que des millions de personnes sont idiotes, pour reprendre les propos du philosophe parisien,
outre le fait que cela révèle sa grande modestie, n’apporte pas pour autant une réponse satisfaisante. Les effets spéciaux y sont certainement pour quelque chose, certes. C’est la
première fois que l’on distribue des lunettes à obturation dans les salles à si grande échelle. Il est évident que les relais et consensus médiatiques ont pesé sur l’opinion. Cela
reste toutefois négligeable quand on sait le « bide » qu’a connu le - pourtant bon - film de Johnny To, Vengeance, encensé par la presse… Non, la raison est
autre. Il faut se placer du côté du public, dans sa tête, dans sa vie, dans son quotidien. Ce public , dans la salle de cinéma, attend quelque chose, c’est
évident. Mais quoi ? Réponse : Une échappatoire, un rêve le temps d’une séance, une envolée vers des lieux qu’il sait inaccessibles alors même que la terre est secouée
par un nombre impressionnant de crises, de séismes, de malheurs ? Pouvoir voir enfin la victoire des faibles, des vertueux, des « sans rien » sur les puissants, immoraux,
capitalistes, exploiteurs, intéressés, aveuglés par l’argent et la violence. Si l’on suit ce raisonnement, ce film met en scène le combat de la morale contre l’argent. (Quand on
parle de moraliser le capitalisme, c’est donc bien une utopie du moins dans l’esprit des gens)… Et la morale gagne, on aimerait y croire tout comme à la déesse Eywa… C’est donc à un
répit qu’ Avatar invite, à l’accession à un monde chimérique parfait – trop parfait - et pourtant si réaliste dans les décors. Trop beau pour être vrai.
Tout compte fait, Avatar recèle les tares d'une époque : la notre, sans en apporter jamais le remède.
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