Samedi 24 avril 2010 6 24 /04 /Avr /2010 20:11

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J'aimerais comparer et confronter deux penseurs français aux idées bien souvent antagonistes, que j'ai rencontrés et pour qui je tiens un certain respect. Ces deux penseurs sont Albert Jacquard et Éric Zemmour.

Quelle idée saugrenue, me direz vous, que d'évoquer dans un même article ces deux personnalités qui n'ont pour ainsi dire rien en commun, si ce n'est peut-être une certaine notoriété en raison de leur nombreuses prises de position à la radio, à la télé, et de leur présence sur internet. Soit, mais ils partagent déjà un commun dénominateur : la célébrité

Ceci mérite donc arrêt sur image, si je puis dire. Aussi bref soit-il, cet arrêt nous permettra de découvrir leur parcours et ainsi de constater ce qui les oppose, et les unie ?

 Rappelons donc brièvement la vie intellectuelle d'Albert Jacquard et d'Eric Zemmour.

 

Albert Jacquart, aujourd'hui âgé de 84 ans et issu d'un milieu catholique et conservateur (du Jura), après des études brillantes (école Polytechnique, université de Standford entre autres) s'intéresse à la génétique, science nouvelle à l'époque, et mène des travaux pointus dans le domaine. Cependant, il n'est pas connu du grand public pour ses travaux en tant que généticien, mais pour les livres de vulgarisation scientifique qu'il a écrits ainsi que pour ses essais philosophiques (toujours très accessibles et parfois un peu redondant) traitant essentiellement de l'avenir de l'humanité et de la finitude de la planète. Enfin, sa notoriété est également due à ses prises de position plus récentes en faveur des sans papiers, contre le racisme, et pour l'éloge de la différence. Voilà donc une personne très respectable, profondément humaniste, dont les écrits sont accessibles par le plus grand nombre, et qui prône des idées d'universalisme et de respect. A noter qu' Albert Jacquart est proche du mouvement altermondialiste, on en reparlera.

 

Eric Zemmour, la cinquantaine et issu d'un milieu modeste (Seine-Saint-Denis), diplômé de l'IEP de Paris, après avoir échoué par deux fois au concours d'entrée de l'ENA ( à l'oral), se lance dans le journalisme et devient reporter au Figaro. De fait, Zemmour est de droite et ne sans cache pas, de tradition gaulliste voire (surtout) bonapartiste, selon ses propres mots. Il y roule sa bosse mais ne devient véritablement connu auprès du grand public que lorsqu'il se fait remarquer à la télé. De fait, contrairement à ce qu'il affirme souvent, Zemmour est un homme de l'image, de l'écran, point de l'écrit. Ces essais, peu nombreux, n'ont en soi rien d'original...

Très vite, il accepte de devenir critique dans l'émission du Samedi soir de Laurent Ruquier, On n'est pas couché. Il ne renie pourtant pas ses idées politiquement incorrectes à l'antenne, il les défend becs et ongles contre « l'idéologie dominante » (certains diront que c'est son fond de commerce). Quelles sont-elles ?


Pour résumer : défense du système traditionnel francais assimilationiste contre multiculturalisme et communautarisme importés tout droit d'outre-Atlantique, critique du droit d'ingérence, refus d'une politique ouverte de l'immigration, anti-européisme car Bruxelles selon lui est "à la botte de l'empire américain" et la France a renié sa domination européenne depuis la mort de Napoléon, critique de l'antiracisme, critique (très marxiste) du libéralisme et des mœurs de la société hédoniste qui en découlent et qui favorisent l'abrasion de la morale, enfin constat de la « féminisation » des hommes. Voilà donc des idées à des années lumières du discours convenu et dominant chez les médias, on en conviendra. Et pourtant, Zemmour est aujourd'hui, il faut le savoir, le journaliste politique le plus désiré dans les émissions, débats, programmes télévisuels (et certainement l'un des plus payés). Car Zemmour, contre toute attente, est populaire, très populaire, trop populaire pour certains sans doute, si bien que l'on peut parler d'un « phénomène Zemmour » comme l'atteste les nombre de pages vues sur internet rien qu'à son nom.

Il y a anguille sous roche. Aussi je tacherai modestement d'analyser, dans les futurs articles de ce blog, les contradictions inhérentes à ces deux hommes tant dans les répercussions (récupérations) de leur pensée que dans le rapport qu'ils entretiennent avec les médias.

Parce qu'ils ou du moins, et c'est cela qui importe, leurs idées, ont tout à gagner ou tout à perdre. Et de constater  finalement que, malgré les grandes divergences d'opinions, les destins de ces deux hommes et de leurs idées seront un baromètre efficace de l'état de délabrement de l'esprit critique de ce pays. 

Par paul logos - Publié dans : réflexions libres
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Samedi 6 mars 2010 6 06 /03 /Mars /2010 23:07
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Afin d'éclaircir le débat, il faut d'abord se livrer à un petit travail intellectuel.
Il est bon en effet de rappeler les concepts tant invoqués par les médias.  Commençons par faire une distinction subtile, certes, mais essentielle : distinguons la sphère privée d'avec la sphère publique.
Et appliquons-y un ingrédient : la laicité. On obtient :

1/ La  sphère privée  est strictement limitée à la circonférence de l'individu. Je m'explique : dans une démocratie libérale (au sens politique) -  comme la nôtre -  l'état N'A PAS À INTERVENIR dans les choix des individus. L'état n'a pas à imposer une opinion aussi majoritaire soit-elle... aux citoyens qui le composent. Ce serait justement renier notre héritage des lumières et les droits de l'homme.

2/ La sphère publique est un espace qui doit rester neutre car propriété de tous les citoyens. A cet égart, le service public s'adresse à TOUS les citoyens et de manière IDENTIQUE. En vertu de ce principe, aucun signe distinctif ne peut être tolérer.

Fort de ces considérations, on devrait déterminer la place de la Burqa dans la société sans trop de difficultés.
Sauf que...  comme souvent les médias ne simplifient pas le tâche pour le plus grand bonheur du gouvernement !
En effet, les multiples reportages, les interviews, les prises de position à tout va, bref l'ultra-médiatisation a contribué à brouiller les cartes.

Primo, ce débat était-il nécessaire ? Rappelons que seulement 2000 personnes en France portent la Burqa... Tant de tapage médiatique pour, comme toujours, acoucher d'une loi qui ne concernerait que 2000 femmes sur 65 millions de français...

Secundo, le refus absolu de voir une femme voilée, si spécifique à notre culture occidentale, a contaminé constamment le débat...  Le feminisme convoqué en sus était en fait un masque de notre ethnocentrisme. Puis, inévitablement, la bien-pensance s'est emparée du débat.  Pleine de bon sentiments à l'égard de tout le monde, la pensée ne pouvait plus évoluer sans une courbette...ce fut la culbute.

Or, à mon sens, le débat sur la Burqua est passé à côté de l'essentiel...
- a ) La position qui vise à interdire radicalement la burqa, à l'éradiquer de la toutes les sphères, est intolérable en vertu des éléments susmentionnés. L'état en effet ne peut pas intervenir dans la sphère privée (cf.1).

- b) La position - très minoritaire - qui ne veut aucune interdiction, pronant la liberté absolue dans le choix des vêtements n'est pas, en regard de ce qui a été dit,  cohérente avec une démocratie libérale. La France n'est pas l'Arabie saoudite... Tenir cette position, c'est être partisan d'un état totalitaire !

-d) Interdire la Burqa dans la sphère publique, l'autoriser dans la sphère privée. Telle serait la position démocratique respectueuse des droits de l'homme.

Deux questionx demeurent : 
 1 / comment délimiter sphère publique et sphère privée ?
Réponse : se reporter aux paragraphes ci-dessus.        
2/ La rue appartient-elle à la sphère privée ou à la sphère publique ?
Réponse : à la sphère privée tant que l'ordre social n'est pas remis en cause. On ne vous impose pas en effet un habille particuler - ce serait une dictature ! -, on vous demande cependant de respecter certaines règles afin de ne pas attenter à la libérté des autres.

Ainsi, la Burqa n'est pas une atteinte à autrui, les arguments concernant les yeux développés par  Devedjian sont à ce titre inadmissibles. Une femme qui porte la Burqa peut circuler  - en droit - dans la rue. Elle ne peut cependant pas exercer un métier relatif à la fonction publique. Je crois que c'est suffisant pour cette question qui à décidément bien trop préoccupé nos citoyens, les détournant des vraies réformes autrement plus difficiles à mettre en forme.

                                                                                                                        





Par paul logos - Publié dans : débats de société - Communauté : France Laïque &Multi-ethnique
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Samedi 6 mars 2010 6 06 /03 /Mars /2010 20:36
Le port de la Burqa a suscité un grand débat très médiatisé ces derniers temps :

On y invoqua  les valeurs de la république ressortie -  à l'occasion  - du plaquard médiatique dans lequel elle était tombée durant tants d'années...  Nos politiques nous apprenaient alors que Burqa et laicité ne peuvent rimer ensemble, n'en déplaise à l'électorat musulman... Ils firent aussi inévitablement référence - en l'approuvant ou en la désapprouvant - à la question de l'identité nationale... Enfin ils conclurent  - presque en coeur - de l'incompatibilité du voile complet avec les valeurs des droits de l'homme.

Que dire dès lors lorsqu'on fait référence aux  sacro-saints droits de l'homme ?...
Peut-on s'opposer à une loi placée sous la bénédiction de ces droits ?


Par paul logos - Publié dans : débats de société - Communauté : France Laïque &Multi-ethnique
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Samedi 6 mars 2010 6 06 /03 /Mars /2010 12:30
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Fondée dans les années 20 par Emmanuel Mounier,  penseur grenoblois qui créa la revue Esprit,  le personnalisme visait historiquement à ouvrir une troisième voie humaniste dans le paysage intellectuel d'alors entre le capitalisme libéral et le marxisme.
Aujourd'hui totalement délaissée, cette philosophie - pleine d'espoir - qui repose sur le concept de la personne avait marqué son époque et Mounier s'était même distingué en s'élevant le premier contre le nazisme. Elle fournit de nombreuses clefs de réflexion  plus que jamais d'actualité en regard des crises qui s'abattent sur notre époque .
Gageons qu'une telle pensée   enrichirait un débat intellectuel sous le joug de l'idéologie dominante et d'un pessimisme bien contemporain. 
Par paul logos - Publié dans : politique intérieure
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Jeudi 4 mars 2010 4 04 /03 /Mars /2010 15:02

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                         Sachant qu'il est de plus en plus difficile de soutenir un raisonnement bâti sur de véritables arguments, et surtout de se faire entendre à l'ère du tout numérique,  du « tout à l'égo » comme dirait Régis Debray,  j'ai décidé – tan pis si c'est contre vents et marées - d'apporter mon soutien – le seul ? - aux propos tenus par le philosophe Raphaël Enthoven  et développés dans un brillant article (trop court) de l' Express.
          Si l'on décide de passer le dernier film de James Cameron,  Avatar,  au crible de la raison (qui fait décidément bien souvent défaut aux spectateurs, moi le premier) on s'aperçoit qu'il constitue une terrible arme de guerre idéologique tout droit importée des États-Unis.
        Hormis le spectaculaire de la mise en scène qui - convenons en – impressionne,  le contraire aurait prêté à rire en regard d'un si gros budget (500 millions de dollars pour combien de haïtiens logés décemment ?), il faut,  après la forme,  s'attacher en effet à l'essentiel : le fond.
         
                   A première vue donc,  Avatar est censé défendre la pensée écologiste, dénoncer le racisme et le colonialisme, vitupérer l'impérialisme américain et le capitalisme destructeur (on connait à cet égard la haine que James Cameron, le réalisateur, entretient avec l'argent...), tout ça en divertissant bien entendu le spectateur qui mange son pop-corn, assommé par les effets spéciaux ! Tout y est.
         De fait, le film vient à point nommé alors que les crises de tous types font florès de par le monde. Pas de doute, c'est bien d'un film conjoncturel qu'il s'agit !  Il ne faut cependant pas faire de la crédulité une vertu : enlevons les lunettes à obturation  prêtées par le cinéma et ouvrons les yeux ! Oublions les clichés hollywoodiens et autres poncifs qui pleuvent tout le long du film :   le héros gagne, tout est bien qui finit bien (ah... les Happy ends), une inévitable histoire d'amour etc... Attachons nous plutôt à la visée d'un tel film. Autrement dit, ne soyons pas passifs, faisons fonctionner nos petites cellules grises. Et l'envers du décor apparaît enfin !

      • On constate alors - non sans stupeur - que l'univers – aussi beau soit-il - des Na‘vis, habitants de Pandora, cache un monde qui n'a rien de paradisiaque. On assiste d'abord à un « éloge de la pensée magique » pour paraphraser Enthoven, à une hyper-sacralisation de la nature au détriment de la raison et de l'intelligence humaine. A ce titre, le sort de la scientifique (le nom m’échappe) qui est responsable de l’opération, est édifiant.  En effet, remarquons que les deux seuls humains qui sortent du lot (et donc dignes d'exister !) sont : un soldat, certes courageux, qui ne se distingue pas par son Q.I, et une scientifique qui découvre à l'heure de sa mort l'existence de la déesse nature Eywa, et s'aperçoit de la petitesse de sa science comparée à la grandeur de la magie ! Au regard d'Eywa, elle n'est pourtant pas suffisamment pure pour qu’elle daigne se manifester et lui rendre la vie. On croit rêver !
         
                     Le monde des  Na’vis est  régi par une nature toute puissante et discriminatoire qui, faisant l'apologie de la pureté d'esprit, c'est-à-dire de l'absence d'esprit, relègue science, raison, et connaissance, bref tout ce qui caractérise habituellement  l'homme, à l'impotence pis, va même jusqu'à les associer à l'horreur, à la guerre (pensez aux machines conduites par le colonel !). Le film promeut donc un retour à l'essentiel et un abandon du superficiel. Mais quel essentiel ?
         
                  Remarquons que ce superficiel, ce surplus dont il faut se dépouiller, c'est pourtant la marque du passage de l'homme, ce qui laisse une trace d’une existence humaine, ce qui fonde l'Histoire. On est bien loin de la vie des Na’vis qui, censés communier avec la nature, ne construisent pas, ne bâtissent pas, ne créent pas, bref, n’évoluent plus. Ont-ils seulement jamais évolués ? : voilà une question légitime. Or justement dans le film, c’est ce stade originel, cette préhistoire que le spectateur est invité à célébrer.

        L'Histoire -  avec un grand H -, est automatiquement associée à l'horreur, la guerre ; la nature, elle,  sainte nature, au paradis. Vision plus que manichéenne du monde, non sans rappeler les pires westerns.  Avatar est donc bien un film anti-Historique, ouvertement opposé à tout ce qui a fait la spécificité de notre humanité.
         
        Dès lors, le slogan du film pourrait être :   «  Dépouillons nous de l’humanité qui est en nous! Et devenons tous des Avatars ! »

         
               Ce qui est plus inquiétant encore, c'est l'exacerbation d'un masochisme morbide : on en vient tout de même lors du film à souhaiter la mort des guerriers représentant notre propre espèce ! Quoi de mieux pour mettre en lumière le malaise d'une époque ? Alors à côté,  le débat sur l'identité nationale...
         Masochisme auquel le spectateur doit prendre part - il y prend goût – et qui revêt les habilles du «  salutaire et parfaitement nécessaire ». Sous couvert d'une surenchère de bon sentiments, - le film regorge de « bien pensance » - on découvre, comme le fait remarquer à nouveau Enthoven, un nouveau système raciste qui, fort de ses croyances et sûr de sa morale, excommunie sans pitié toutes les personnes indignes d'appartenir à la tribu, à la communauté : Communautarisme voire ségrégationnisme ! Je pense particulièrement à la scène finale qui me fait encore froid dans le dos... 

         

        Une question demeure, et à laquelle Enthoven ne répond pas, pourquoi en effet ce film a-t-il rencontré un immense succès ?

        Dire que des millions de personnes sont idiotes, pour reprendre les propos du philosophe parisien, outre le fait que cela révèle sa grande modestie, n’apporte pas pour autant une réponse satisfaisante. Les effets spéciaux y sont certainement pour quelque chose, certes. C’est la première fois que l’on distribue des lunettes à obturation dans les salles à si grande échelle. Il est évident que les relais et consensus médiatiques ont pesé sur l’opinion. Cela reste toutefois négligeable quand on sait le « bide » qu’a connu le - pourtant bon - film de Johnny To, Vengeance,  encensé par la presse…  Non, la raison est autre. Il faut se placer du côté du public, dans sa tête, dans sa vie,  dans son quotidien.  Ce public , dans la salle de cinéma,  attend quelque chose, c’est évident. Mais quoi ?  Réponse : Une échappatoire, un rêve le temps d’une séance, une envolée vers des lieux qu’il sait inaccessibles alors même que la terre est secouée par un nombre impressionnant de crises, de séismes, de malheurs ? Pouvoir voir enfin la victoire des faibles, des vertueux, des « sans rien » sur les puissants, immoraux, capitalistes, exploiteurs, intéressés, aveuglés par l’argent et la violence. Si l’on suit ce raisonnement, ce film met en scène le combat de la morale contre l’argent. (Quand on parle de moraliser le capitalisme, c’est donc bien une utopie du moins dans l’esprit des gens)… Et la morale gagne, on aimerait y croire tout comme à la déesse Eywa… C’est donc à un répit qu’ Avatar invite, à l’accession à un monde chimérique parfait – trop parfait -  et pourtant si réaliste dans les décors. Trop beau pour être vrai.
         Tout compte fait,  Avatar recèle les tares d'une époque : la notre, sans en apporter jamais le remède.
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Par paul logos - Publié dans : réflexions libres
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